Un Siècle de fureur
d'après des textes de Claudel, Péguy et Bernanos - Texte et mise en scène de Gérald Garutti
Spectacle

Un Siècle de fureur

Claudel - Péguy - Bernanos

Claudel, Péguy et Bernanos posent sur les événements un regard critique et iconoclaste sur le socialisme, l'affaire Dreyfus ou encore la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

d'après des textes de Claudel, Péguy et Bernanos

Un parcours furieux à travers l'Histoire

Convergences et confrontations
Claudel, catholique et conservateur, voit en Péguy, épris d'anarchie et d'anticléricalisme, une âme chrétienne. L'anarchie et la révolution pour l'un, la tradition et la religion pour l'autre, les deux discours semblent irréductibles. Pourtant, l'échange a lieu et il éclaire avec précision les questions qui ont marquées la France du début du vingtième siècle : l'affaire Dreyfus, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la montée du socialisme en Europe... Quand Bernanos se joint au concert, une troisième bannière se lève comme une autre tombe et que la position de Claudel se radicalise. Au coeur de cette réflexion à trois voix : l'impossible justice humaine.

Trois voix au combat
Trois voix se répondent et se disputent, et un discours sur les transformations du monde prend forme. Claudel, Péguy et Bernanos posent sur les événements un regard critique et iconoclaste. De leurs divergences émanent des questions communes, une profonde inquiétude et une colère non dissimulée face au progrès de la barbarie, à la crise des valeurs et à la bassesse des dirigeants.

L'Affaire Dreyfus et l'antisémitisme
L'Affaire oppose de front Péguy à Claudel, dont le discours conservateur et antisémite contraste avec les aspirations socialistes de son interlocuteur. Péguy défend le clan des dreyfusards de l'intérieur et expose le caractère universelle de l'affaire Dreyfus, quand Claudel condamne l'Affaire en général pour le retentissement néfaste qu'elle a eu dans le monde : il lui reproche d'avoir entaché l'image de la France.

La montée du socialisme
Un autre sujet brûlant entre Claudel et Péguy, qui prend une autre dimension historique avec l'intervention de Bernanos. Le débat se poursuit de la Commune à la Révolution bolchevique. Claudel, de plus en plus radical, trouve en Péguy, puis en Bernanos, deux antagonistes à sa mesure.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat
La figure du chrétien et le rôle de l'Eglise sont au coeur des préoccupations de Claudel. Il ne pense l'homme qu'à travers le héros christique, seul roi qu'il n'ait jamais vraiment vénéré. Hostile à l'agitation républicaine sous toutes ses formes, son amour de l'Eglise, encouragé par la conversion de Péguy, infléchit son discours vers le radicalisme. Si Péguy cède à Claudel, Claudel cède à Bernanos, quand les prétendus défenseurs des vertus chrétiennes (Franco, puis Pétain) basculent dans la barbarie et l'inhumain.

Vichy
Le régime de Vichy réunit les trois voix furieuses : Claudel s'indigne, Bernanos monte au créneau et Péguy jaillit d'entre les morts. Ces trois « impies de la justice » trouvent dans la collaboration infâme, les héros de la Résistance et la Shoah les fondements d'une cause commune. Ils se soulèvent de concert et conjuguent leurs divergences contre l'injustice, contre l'intolérable, contre l'inhumain.

Guerres
Outre l'impossible justice, Claudel, Péguy et Bernanos sont tous trois en quête de héros et de saints. Pour l'un, le peuple est souverain et ses défenseurs héroïques. Pour l'autre, seul le Christ compte et pour le troisième, le héros et le saint se trouvent en l'homme, quand il est revenu de la souffrance. Le spectacle des guerres (Première et Seconde Guerres mondiales, Guerre d'Espagne, Guerre froide) et des dictatures

Un siècle de Claudel
A travers Un siècle de fureurs la pensée de Paul Claudel, son regard sur le monde évolue profondément. Il occupe d'abord une position double, à la fois engagée et en surplomb, du fait de ses exils. Péguy est source de questionnement. De moins en moins apte à la nuance et de plus en plus réactionnaire, la confrontation avec Bernanos est plus frontale. Le recul sur les événements change de nature : victime d'un choc, Claudel radical, Claudel horrifié et ébranlé dans ses convictions profondes, se laisse finalement aller au désespoir : après le nazisme, après la collaboration de l'Eglise, Staline. C'en est trop. Si l'injustice est inhérente à l'homme, en est-il de même de l'inhumain ?

Gérald Garutti

Personnage
Création

Ce texte a été composé pour l’édition 2009 des Rencontres littéraires de Brangues, consacrées à l’argent (Claudel, Péguy, Bernanos), dont il a constitué l’ouverture. Il a été créé le 26 juin 2009 au Château de Brangues, propriété de Paul Claudel, sous la forme d’une mise en espace avec musique. Le rôle de Paul Claudel y était tenu par Philippe Morier-Genoud, celui de Charles Péguy par Christophe Maltot, et celui de Georges Bernanos par André Marcon, dans une mise en espace dirigée et narrée par Gérald Garutti. Les intermèdes musicaux, constitués de Gnossiènes et de Sports et divertissements d’Erik Satie, étaient interprétés au piano par Thierry Ravassard


1. Parallèles
CLAUDEL

Charles Péguy ? Je regrette de ne pas l’avoir connu.

PÉGUY

Claudel et moi, nous travaillons parallèlement.

CLAUDEL

Péguy et moi, nous n’avons pas abordé la montagne par le même côté, nous sommes sur des versants différents. Nos vies ont été tellement différentes que nous ne pouvions guère nous rencontrer qu’au sommet.

PÉGUY

Mais, moi, je ne suis pas l’homme des cimes, je suis l’homme de la plaine.… Moi, je prends le chemin de tout le monde. Claudel, il lui faut toujours franchir des abîmes sur la corde raide.


3. Matrice : L'affaire Dreyfus
PÉGUY

“Tout commence en mystique et finit en politique. L’essentiel est que dans chaque ordre, le mystique ne soit point dévorée par la politique à laquelle elle a donné naissance.” Pour monsieur Paul Claudel, exemplaire de mon ouvrage Notre Jeunesse. Voici, monsieur, une chronique des durs temps présents. Je suis votre dévoué Charles Péguy. Paris, samedi 6 août 1910.

CLAUDEL

Prague, le 10 août 1910. Cher monsieur, je veux vous écrire sans tarder pour vous remercier de votre beau livre Notre Jeunesse que je viens de lire tout d’un trait. Voulez-vous me permettre de m’exprimer à ce sujet en toute franchise ? Un esprit vigoureux comme le vôtre préfère certainement la contradiction, la réaction, à de fades louanges.

PÉGUY

Quand on est sincère il est beaucoup plus facile d’être exact. Si on était sincère, on ne serait pas autoritaire.

CLAUDEL

Vos livres sont comme un torrent impétueux dont il faut chercher la flèche au milieu de l’ouvrage tandis que le début et la fin sont des espèces de contrecourants. Gide m’avait envoyé votre Charité de Jeanne d’Arc et j’avais été étonné de trouver un cœur si profondément chrétien chez un homme que je considérais (sans le connaître d’ailleurs) comme l’incarnation du dreyfusisme.

PÉGUY

L’affaire Dreyfus a été une cause occasionnelle morale extraordinaire. Elle mit les hommes de toutes les formules en face d’une réalité critique. Nous avons connu peu à peu que l’affaire Dreyfus était capitale. Non pas que M. Alfred Dreyfus, capitaine d’artillerie breveté de l’Ecole de guerre et attaché comme stagiaire à l’état-major général de l’armée, nous intéressât comme tel. Constatons, et nous prions que l’on constate loyalement avec nous, que l’affaire Dreyfus est vraiment une affaire universelle.

CLAUDEL

Où est la société si chaque particulier, sans lumières, sans vocation, sans les études, se met à rendre la justice contre sa propre patrie ? Un magistrat doit juger le juste en dépit de toute considération parce qu’il a reçu appel et vocation, mais un simple citoyen n’a pas d’autre devoir que l’attachement à son pays : Silence au laïc.

PÉGUY

Autant que la société bourgeoise permet à l’humanité d’être une, l’affaire Dreyfus est devenue l’affaire de l’humanité. Tous les hommes cultivés ou simplement renseignés de tous les pays civilisés y ont pris part ; quelques uns sans doute l’ont suivie par curiosité, la plupart y ont mis leur pensée, leurs sentiments, leurs vœux. En ce sens l’affaire Dreyfus a singulièrement contribué à l’unité de la race humaine.

CLAUDEL

Votre jugement sur le dreyfusisme serait peut-être différent si comme moi vous l’aviez vu de l’étranger, si vous aviez lu le nom de la France bafoué, insulté avec rage chaque matin dans toutes les langues du monde. Cela m’a suffi. On n’a jamais le droit de faire du mal à sa mère. Quand je suis rentré en France et que j’ai raconté à mes amis ce que j’avais vu et entendu, ils m’ont répondu : “Peu importe, si la justice est en cause.” J’ai senti en ce moment le froid, la cassure nette d’une séparation définitive.

PÉGUY

L’Affaire Dreyfus eut le caractère définitif de la bataille pour la justice et pour la vérité : une révolte, un soulèvement, une protestation de consciences individuelles qui n’avaient reçu aucun mandat politique, mais qui s’étaient donné elles-mêmes le mandat scientifique d’établir la vérité historique et le mandat moral de la révéler aux autres hommes.

CLAUDEL

Autrefois les idoles, maintenant les idées. Je suis pour l’autorité légitime, avec tous les Jupiter, contre tous les Prométhée. Le désordre n’est pas l’absence d’ordre, ce qui serait impossible, c’est un ordre mauvais qui n’est pas fondé sur la raison.

PÉGUY

Quand le feu prend à la maison, la question ne se pose pas de savoir pourquoi on accourt, mais ceux qui accourent ont justement le droit de poser des question à ceux qui n’accourent pas. Quand toute une bande de tartuffes, de faussaires et d’assassins se rue ainsi sur l’homme dont elle a fait sa victime, le premier mouvement, le mouvement profondément humain de tout homme vraiment homme est de se porter au secours. L’Affaire Dreyfus, qui a pris une telle place dans l’histoire du monde, aura, dans l’histoire de l’humanité, au moins la valeur morale d’une guerre et sans doute la valeur morale d’une révolution même.

CLAUDEL

La révolution ! La première proclamation des Révolutionnaires chinois est datée de l’an 4619 de la dynastie des Han ! L’idée vraiment catholique, c’est-à-dire universelle, c’est que l’homme, tel qu’il est sorti des mains de son auteur, est bon. L’hérétique est toujours celui qui porte atteinte à l’intégrité de la nature humaine. Le chrétien ne considère comme un mal que ce qui le sépare de Dieu.

PÉGUY

Tout au fond nous étions les hommes du salut éternel et nos adversaires étaient les hommes du salut temporel. Voilà la vraie, la réelle division de l’affaire Dreyfus. La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République, la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit. Le véritable traître, le traître au sens plein, c’est celui qui vend sa foi, qui vend son âme, qui trahit ses principes, son idéal, son être même, qui trahit sa mystique pour entrer dans la politique correspondante.


8. Jugements
CLAUDEL

Charles Péguy ? C’est bien intéressant et bien beau de voir la Grâce petit à petit se débrouiller avec ce grand diable d’instituteur taché d’encre jusqu’au bout du nez.

PÉGUY

L’Annonce faite à Marie de Claudel est une pièce grossière où l’effet est obtenu à l’aide de procédés analogues à ceux de Marion Delorme. C’est régressif. On est sûr avec cela de faire pleurer la salle. Trop facile.

CLAUDEL

J’honore Péguy mais froidement. Nous marchons dans des chemins bien séparés et qui ne se rencontrent qu’en un point idéal. Il est Français avant tout et moi je suis catholique avant tout. Cette préoccupation continuelle de son moi me gêne beaucoup.

PÉGUY

L’Otage de Claudel est trop Action Française. Cela me rappelle Huysmans, Villiers de l’Isle-Adam, Barbey d’Aurevilly, Léon Bloy… Ça ne vaut rien, c’est de la politique.

CLAUDEL

Je salue Péguy, mais je ne peux pas dire que je ressens pour lui une sympathie profonde. Nos natures restent étrangères. Je ne trouve pas non plus que ce soit un grand écrivain. Il a du rythme, du train, de l’éperon. Mais il lui manque le nombre, la composition, la puissance.

PÉGUY

Autant Claudel est luxueux, romantique, autant je suis dépouillé.

CLAUDEL

Ce n’est pas une lumière, c’est plutôt un projectile. Je plains cette pauvre âme qui n’a cessé de tourner autour de l’autel, sans réussir à obtenir la communion.

PÉGUY

D’une façon générale, le catholicisme de Claudel manque de charité. Claudel est un grand artiste, mais il n’est pas intelligent.

CLAUDEL

Péguy et moi, nous sommes tous les deux des chrétiens qui sont arrivés à la religion… pas par le chemin habituel.

PÉGUY

Il ne faut pas me brouiller avec Claudel. Nous travaillons parallèlement.

CLAUDEL

Ce que j’aime dans Péguy, c’est son honnêté, sa franchise, son sentiment honnête et vrai du devoir qui est le sien. Je le considère comme une manière de héros qui a rempli son rôle, qui a bataillé, et je crois que sa bataille a été bonne et a eu d’excellents résultats.

PÉGUY

Je ne veux pas, il ne doit pas y avoir, il ne peux pas y avoir de malentendus entre Claudel et moi. L’un et l’autre nous travaillons, nous œuvrons dans le sacré…

CLAUDEL

Mais dire que par nature j’aime ce qu’il a fait… que j’aime son style… que je partage ses goûts… ce serait beaucoup dire.

PÉGUY

Mais moi, je ne suis pas l’homme des cimes, je suis l’homme de la plaine…

CLAUDEL

Je n’aime pas du tout, par exemple, l’idée que Péguy se fait de la Sainte Vierge qu’il dépeint comme une bonne femme, somme toute un peu comme sa mère, qui était une rempailleuse de chaises.

PÉGUY

Je marche avec la piétaille, moi, je prends le chemin de tout le monde, je reste avec tout le monde, avec tout ce peuple qui vit, à la grâce de Dieu…

CLAUDEL

Moi je vois la Sainte Vierge d’une tout autre manière.

PÉGUY

Et je n’ai pas pour mon salut d’autres armes que les siennes et qui sont la contrition, l’espérance, la prière.

CLAUDEL

Mais dire que je considère son art comme extrêmement relevé, qui aille très loin dans l’expression des sentiments humains, non.

PÉGUY

Claudel manque de simplicité.

CLAUDEL

Péguy n’est certainement pas un grand poète.

PÉGUY

Il recherche l’extrême, le périlleux, l’exceptionnel…

CLAUDEL

C’est un poète dans son genre.

PÉGUY

Il lui faut toujours franchir des abîmes sur la corde raide…

CLAUDEL

Un poète dans ce genre un peu brutal, un peu primaire.

PÉGUY

Son christianisme a quelque chose de provoquant !

BERNANOS

5 septembre 1914. Le premier jour de la bataille de la Marne. Mort de Charles Péguy, frappé d’une balle au front.

CLAUDEL

Cet homme plein de vie et de foi restera une figure de l’Histoire de France comme le grand Ferré qui avant Jeanne d’Arc terrorisa les Anglais. Je regrette de ne l’avoir pas connu.


13. Capitulation
BERNANOS

J’accuse les élites françaises d’avoir trahi. Mais je les accuse plus encore d’avoir compromis dans la trahison les principes dont elles se réclament, et sans quoi elles ne sont rien.

CLAUDEL

3 septembre 1942. Infâme Pétain. Y aura-t-il jamais assez de crachats pour cette gueule de traître ?

BERNANOS

On a volé la France aux Français, depuis qu’on leur a mis dans la tête que la France était uniquement l’œuvre de l’Etat, non la leur, que le seul devoir des bons Français était de faciliter la tâche de l’Etat.

CLAUDEL

19 septembre 1942. Notre ineffable maréchal expédie à son maître Hitler des chargements entiers de juifs réfugiés empilés dans des wagons plombés.

BERNANOS

Il y a une morale de l’armistice, il y a une morale de la collaboration, il y aura demain une morale de l’alliance économique et militaire ; elle obtiendra, comme les autres, la sanction bienveillante des autorités spirituelles. Tous ces gens-là sont parfaitement d’accord avec leur conscience, voilà ce que vous ne voulez pas comprendre. Ils ont refait tranquillement leur vie, ils n’ont même pas gardé mauvais souvenir de vous, ils ne demanderaient pas mieux que de vous saluer dans la rue, quand ils vous rencontrent, car ils tiennent beaucoup aux convenances. Je ne prétends pas qu’ils vous aiment, mais ils vous pardonneraient volontiers le mal qu’ils vous ont fait, si vous consentiez à ne plus leur parler de ça.

CLAUDEL

J’ai lu avec grand intérêt le récit des splendides funérailles, officielles et religieuses, faites à son Eminence le cardinal Baudrillart. Sur le cercueil du défunt figurait une couronne offerte par les Autorités d’occupation. Un tel hommage était bien dû à ce fervent collaborateur. Le même jour, j’écoutais le récit de l’exécution des vingt-sept otages de nantes. Quand les collaborateurs les eurent mis sur des camions, ces Français se mirent à chanter La Marseillaise. De l’autre côté des barbelés, leurs camarades leur répondaient. On les fusilla par groupes de neuf dans une sablonnière. L’un d’eux, Guy Môquet, un garçon de dix-sept ans, s’était évanoui. On le fusilla quand même. Il était très grand et son corps ne put rentrer dans le cercueil préparé. Alors un soldat allemand s’arma d’une barre de fer et lui cassa les jambes. Pour l’émule de Cauchon, l’Eglise de France n’a pas eu assez d’encens. Pour les Français immolés, pas une prière, pas un geste de charité ou d’indignation. Un jour viendra…

BERNANOS

Hitler, Staline ou Mussolini font de la force le seul instrument de la grandeur. L’usage systématique de la force ne va pas sans cruauté. L’héroïsme et le désintéressement des jeunesses nouvelles auront bientôt fait de cette cruauté une vertu virile.

CLAUDEL

Invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne. Merci mon Dieu de m’avoir permis de voir cela ! Les deux immondes complices, Hitler et Staline, se prennent aux cheveux ! Les monstres se dévorent ! C’est la réalisation de tous mes rêves. Et pendant ce temps l’Amérique se prépare à entrer dans la bataille ! ah, c’est trop beau ! Les chacals italiens marchent par derrière en laisse !

BERNANOS

Pour moi, j’appelle Terreur tout régime où les citoyens, soustraits à la protection de la loi, n’attendent plus la vie ou la mort que du bon plaisir de la police d’Etat. J’appelle le régime de la Terreur le régime des Suspects et de la délation.

CLAUDEL

Russie, Italie, Allemagne. Retour à la conception de l’État servile, division de la population en deux classes, les maîtres et le troupeau.

BERNANOS

La force et la faiblesse des dictateurs est d’avoir fait un pacte avec le désespoir des peuples. Mais certains ont été, dans quelque coin de leur cave, déterrer des grenades qu’ils y avaient cachées le jour de l’armistice. Lorsque la première grenade révolutionnaire a claqué sur le bitume parisien, je sais parfaitement ce que Jeanne d’Arc a dû dire à Péguy : “Péguy ! Péguy ! voici nos hommes !”

PÉGUY

En temps de guerre, celui qui ne se rend pas est mon homme quel qu’il soit et d’où qu’il vienne et quel que soit son parti. Il ne se rend point. C’est tout ce qu’on lui demande.

CLAUDEL

17 décembre 1942. Et nous, que disions-nous au moment de l’Affaire Dreyfus ? Nous disions : Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice et au droit, surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre, d’honneur, à déshonorer tout un peuple. C’est un point de gangrène, qui corrompt tout le corps. Charles Péguy, Notre Jeunesse, p. 216.

BERNANOS

L’Homme libre n’a qu’un ennemi, c’est l’État païen, de quelque nom qu’on le nomme, qu’il s’affirme dans un tyran ou qu’il se dissimule au plus épais de la foule jouissante et lâche. Il n’est besoin que d’un court dressage pour faire un fanatique, au lieu que l’élaboration d’un type humain comparable à celui de l’ancien chevalier français reste le travail des siècles.

Distribution

Paul Claudel : Philippe Morier-Genoud
Charles Péguy : Christophe Maltot
Georges Bernanos : André Marcon
Pianiste : Thierry Ravassard

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Photos

Un Siècle de fureur

© Christian Ganet