The Fall of the House of Usher
Un conte d'Edgar Poe, adapté par Steven Berkoff - Traduction et mise en scène de Gérald Garutti
Spectacle

The Fall of the House of Usher

Sous les yeux d’un ami et notre narrateur, dans la solitude d’un manoir fin de race, un artiste au bord de la folie vit l’agonie de sa sœur unique adorée. Un drame expressionniste sur la confusion entre folie et raison.

Un conte d'Edgar Poe, adapté par Steven Berkoff

9 portes pour un manoir

1. Exprimer l’univers de Poe. sensibilité exacerbée, acuité poussée jusqu’à la folie, témoignage incertain, confinement à huis clos, dédoublement d’identité, horreur indicible, fraternité ambiguë, généalogie ancestrale, crime passionnel, vertigineux ballet entre amour absolu et de mort fatale.

2. Partir du conte gothique. Exploiter son ambivalence fantastique et son pouvoir de suggestion. Plonger un regard dans les abysses sans jamais en révéler le fond. Conjuguer terreur et beauté. Dire le sublime des ténèbres.

3. Cibler les liens de sang comme transgression énig-matique. Mêler sans les trancher les fils de la consanguinité, de l’inceste et du vampirisme. Signifier l’exténuement d’une lignée par l’exaspération du sang.

4. Brouiller frontières et distinctions. Incarner la maison comme fusion du manoir et de la famille. Confondre animé et inanimé, minéral et humain. Marier costumes d’époque et décor abstrait.

5. Jouer sur l’ambivalence du point de vue.Montrer l’ami comme témoin partial et narrateur subjectif. Rendre indéci-dable le statut de ses observations. Jeter un voile d’incertitude sur toute vérité.

6. Aiguiser tout à la fois imaginaire, raison et sens. A travers Roderick Usher, montrer l’hypersensibilité poussée à la folie, et la folie aux portes de l’hyperrationalité. Faire partager ses perceptions sans statuer sur leur source, hallucinatoire ou sensorielle. Lui laisser toute sa chance, même au prix de condamner le monde plutôt que lui.

7. Exhumer la puissance essentielle et implicite de Madeline.Souligner la peur générée par le féminin et son pouvoir indicible, que l’homme préfère ensevelir plutôt que devoir le reconnaître. Face à elle, peu à peu dévoiler la réelle impuissance masculine.

8. Faire parler le corps. A travers le mouvement, les gestes, la danse et le mime, permettre au corps d’exprimer ce qui repose derrière et par-delà le texte. Considérer les mots comme avant-goût de la couleur et du sens.

9. Provoquer une expérience esthétique unique.Conjuguer beauté, émotion et intensité à travers de splendides lumières expressionnistes et des vibrations sonores quasi-surnaturelles. Lier humeur et signification.

Gérald Garutti

Sujet

Sous les yeux d’un ami et notre narrateur, dans la solitude d’un manoir fin de race, un artiste au bord de la folie vit l’agonie de sa sœur unique adorée. Mais sa mort n’est que le commencement… Une histoire extraordinaire à la splendeur crépusculaire. Un conte gothique qui s’incarne en un théâtre à fleur de peau. Un rituel vibrant d’une intensité physique, visuelle et musicale.

Personnages

Roderick USHER
Madeline USHER
L’AMI


Scène 1

Usher est allongé par terre à l’avant-scène à cour. La voix de la Maison le réveille. Peu à peu, il se lève et s’avance, le regard tendu au loin vers un point invisible. Madeleine est en fond de scène à jardin, dos au public, en une position étrange.

LA MAISON USHER
La maison Usher.
Mes murs sont de morne figure, mes fenêtres telles des yeux vides.
Autour de moi, de rares bouquets de joncs fétides, des souches blanches d’arbres pourrissants.
J’ai traversé les âges.
Le temps a recouvert ma façade
d’infimes fils de fungi étroitement liés
en une fine toile accrochée au toit.
Par essence je suis antique, à l’excès, profondément marquée par la ternissure des ans.
Je suis délabrée, mais non instable.
Mes pierres se sont désagrégées
mais sont maintenues par quelque force invisible.
Seul l’observateur le plus scrupuleux
pourrait remarquer l’indiscernable fissure
qui me traverse de part en part,
en zigzag depuis le toit, pour aller se perdre
dans les eaux sombres du lac.

Usher entend Madeleine hurler. Frappé de plein fouet par le cri, il recule et s’asseoit dans un fauteuil au centre du plateau. Madeline s’enfuit dans le noir.


Scène 2

USHER
Je redoute les événements à venir, non en eux-mêmes,
Mais pour leurs conséquences.
Le danger ne me fait pas peur,
sauf en sa conclusion extrême : la terreur.


Scène 15

Usher et l’ami parlent en même temps; toujours assis, l’ami regarde Usher; Usher regarde vers le public.

USHER
De plus, je suis attaché à cette Maison.
Les pierres grises vivent, pour ainsi dire.
Non seulement les fungi qui les recouvrent,
non seulement les eaux noires du lac, non seulement les arbres pourrissants,
mais les murs eux-mêmes vivent.
Le résultat en est perceptible dans cette sourde mais terrible influence de la Maison.
C’est elle qui a fait de moi ce que je suis.

L’AMI
Je le regarde avec horreur. Il est incroyablement altéré.
Êtes-vous le même homme que celui que j’ai connu jadis ?
Cette expression cadavérique. Cette pâleur fantomatique de la peau,
ces yeux d’une lueur inouïe mais noyés au fond d’orbites cavés.
Vos cheveux, jadis si longs et si fins, gisent à présent épars et sans forme sur votre tête.
Vous souriez. Vous souriez et je n’arrive pas à reconnaître
le monstre qui se cache derrière vos dents.
Vous êtes incroyablement altéré.

USHER
Nous changeons tous un peu.


Scène 16

USHER
Vous voyez ici le résultat d’un mal familial, fruit de nombreuses relations consanguines. Je désespère d’y trouver remède.

Madeleine se lève et par au fond de la scène, en marchant très lentement.

USHER
Mes sens sont si aiguisés que seule m’est supportable la nourriture la plus insipide.
Ma chair à vif ne peut porter que les habits les plus doux et les plus légers.
L’odeur des fleurs m’oppresse. Quant à mes yeux, même la plus faible lumière leur est déjà un supplice.
Seules les modulations délicates des instruments à cordes pincées sont tolérables à mes oreilles.
Je vais périr (L’ami s’asseoit sur la chaise de Madeleine, face à Usher). Je dois périr.
C’est ainsi, ainsi et pas autrement que je vais disparaître,
Dans cette singulière, dans cette pitoyable condition.
Je sens que tôt ou tard viendra le moment
où je devrai abandonner tout à la fois la raison et la vie
en un combat avec ce spectre de cauchemar : la PEUR.

L’AMI
Vous devez quitter cette maison.

USHER
Comment le pourrais-je ? Ces murs sont ma peau. Cette chambre est mon cœur.
Par ailleurs, j’ai une sœur.

Le sujet

Sous les yeux d’un ami et notre narrateur, dans la solitude d’un manoir fin de race, un artiste au bord de la folie vit l’agonie de sa sœur unique adorée. Mais sa mort n’est que le commencement… Une histoire extraordinaire à la splendeur crépusculaire. Un conte gothique qui s’incarne en un théâtre à fleur de peau. Un rituel vibrant d’une intensité physique, visuelle et musicale.

La musique

« Son cœur est un luth suspendu. Dès qu’on le touche, il résonne. »
Mark Deutsch a composé et interprète une musique originale au Bazantar. Le Bazantar, un instrument de son invention, mêle en une harmonie extraordinaire des sons de la cithare, du sarangi, du violon, du violoncelle et de la basse. Il s’agit d’une contrebasse acoustique à cinq cordes avec vingt-neuf cordes sympathiques et quatre cordes de bourdon. Il en résulte une capacité hypnotique de résonance, qui évoque toute la puissance de la musique classique occidentale et la profondeur des traditions orientales. www.bazantar.com

L’auteur : Edgar Poe

Edgar Allan Poe (1809-1849), l’un des plus grands écrivains et poètes américains, fut un maître du thriller psychologique et l’inventeur de la nouvelle policière. Il se rendit célèbre par la publication de son poème Le Corbeau (1845). La Chute de la Maison Usher, l’une de ses œuvres les plus connues, figure dans son premier recueil de nouvelles, Histoires extraordinaires (1840).

Le conte original

La nouvelle de Poe (1840) raconte l’histoire d’une famille décadente au cœur d’une Maison dégénérée. Bien qu’en ruines, le manoir se soutient encore, porté par une mystérieuse force invisible. De la longue lignée des Usher ne subsiste qu’un couple, frère et sœur jumeaux liés par un amour ambigu et puissant, et à la constitution corrompue par des siècles de consanguinité. Ils reçoivent la visite d’un vieil ami longtemps perdu de vue. A travers le regard de cet étranger, la folie de Roderick Usher se révèle peu à peu, alors que la lente agonie de sa sœur bien-aimée demeure une énigme. De quoi Madeline souffre-t-elle ? Sa mort n’est peut-être que le commencement... L’Ami tente de distraire Roderick, mais Madeline – survivante ou revenante ? – se libère du cercueil et tue son frère. La Maison se fracture alors en deux et sombre dans le lac.

L’atmosphère

Inventeur de la notion d’ « unité d’effet », Poe crée un climat qui, par l’évocation saisissante et subtile des pensées et des peurs du personnage, piège le lecteur dans l’entrelacement étroit d’une progression psychologique implacable. La Chute de la Maison Usher met en scène, en un portrait superbement stylisé, les errements de la mélancolie et de la folie. La pièce est un thriller psychologique aux résonnances gothiques profondes. Elle montre un esprit à la dérive et prisonnier de son monde intérieur. La confusion entre folie et réalité évoque un univers parallèle où peut s’épanouir une mise en scène originale et troublante. La situation des jumeaux est compliquée par leur association avec la maison concrète. Selon Roderick, c’est la Maison même qui vibre d’intentions malveillantes. Cette maison, il revient également aux acteurs de l’incarner. L’intégrité vacillante de cet être de pierres organique et sensible réfléchit et induit la vie de ses occupants, dans cette étrange planète métaphysique.

Un spectacle anglais

Depuis la traduction de ses Histoires extraordinaires par Baudelaire et de ses poèmes par Mallarmé, les Français considèrent Edgar Poe comme le plus grand auteur américain, voire comme un grand auteur français. La Chute de la Maison Usher est l’un de ses contes les plus connus. Il dégage une puissance dramatique exceptionnelle, d’une grande intensité visuelle et physique. L’histoire, mêlant le conte gothique et l’amour, les liens familiaux et d’amitié dans un conte saisissant, exerce un attrait profond.

Voilà pourquoi, en mars 2005, nous créons à Paris The Fall of the House of Usher, création française de la pièce de Steven Berkoff, elle-même créée en 1977 en Angleterre, jamais jouée ni même traduite en France. Excellents, les comédiens du spectacle, tous trois anglo-saxons (Anglais, Canadien et Américaine), ont été sélectionnés à Londres.

La passion des Français pour Poe, leur goût pour l’univers gothique, leur intérêt pour les acteurs anglo-saxons, la rareté des spectacles en langue anglaise, la composition esthétique d’Usher, l’intensité et l’exigence de la mise en scène, le jeu extrême des comédiens, la beauté plastique et musicale du spectacle, sa dimension expressionniste : tel est notre horizon.

Distribution

Roderick Usher : Shane Bordas
The Friend : Mark Lawrence
Madeline Usher : Diana Trimble

Équipe artistique

Assistante à la mise en scène : Marie-Carmen de Zaldo
Conseiller littéraire : Michael Robinson
Lumières : Laurent Béal
Musique : Mark Deutsch
Scénographie et direction technique : Pierre Daubigny
Costumes : Sophie Papiernik
Choréographie et mime : Marie-Pierre Lemort

Production : Compagnie Coïncidence Théâtre puis Compagnie C(h)aracteres
Création au Vingtième Théâtre (Paris) le 2 mars 2005

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Photos

The Fall of the House of Usher

Tout droits réservés

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