6. Les Héros du Sursaut
Gérald Garutti
Mercredi 2 avril, à 19h
fabrique

6. Les Héros du Sursaut

Autour de Cyrano : le moment fin-de-siècle (Rostand)

Cyrano de Bergerac est tout à la fois bretteur, poète et écrivain, dont l'éloquence n'a de rivale que la longueur de son appendice nasal. Tous ses talents ont fait de lui le symbole de la fronde et de la révolte.

Gérald Garutti

Comme de nombreux personnages romantiques, Cyrano est damné par cette dualité : le sublime et le grotesque, la beauté de son âme et la laideur (soi-disant) de son corps, sa bravoure sur le champ de bataille et sa timidité maladive en présence de la femme qu’il aime. Avant d’être un homme de nobles actions, il est un homme de lettres, un homme qui sait parfaitement manier le langage et lui faire dire ce qu’il veut – poésie, séduction, histoire, etc. Les lettres qu’il écrit sont sa façon de dire son amour qu’il ne peut révéler au grand jour – à l’exception de la scène du balcon, lorsqu’il se livre par accident, et au moment de sa mort lorsqu’il décide d’avouer son amour à Roxane. N’être que la moitié d’un amant, son âme et avoir besoin de l’autre moitié, le corps (Christian) pour transmettre son message d’amour. Ce pacte faustien fait de Cyrano une figure moderne et tragique de l’héroïsme, une figure idéale et absolue du romantique – une figure de panache.



À chaque époque ses héros. Du mythe homérique à l’idéal aristocratique, du génie romantique au star système médiatique – bref, d’Achille aux pieds légers à Zidane aux crampons d’or, l’héroïsme s’est perpétué, déplacé, diffracté, métamorphosé – voire peut-être, pour partie, effondré. Il existe ainsi une histoire solaire de l’héroïsme, qui court d’Achille à Superman – héros positifs, tout en puissance et en majesté. Mais il en est aussi une face plus sombre, d’Ulysse à Batman – où se succèdent les héros du Mal, du Désir, de la Destruction, du Désenchantement et de la Catastrophe. C’est à explorer cet envers de l’histoire héroïque, peuplée de figures aussi fascinantes que dangereuses, qu’invite ce cycle. Macbeth, Don Juan, Merteuil, Lorenzaccio, Cyrano, Joseph K., Orson Welles – autant d’éclats arrachés à la nuit, autant de phares nocturnes où s’irisent les arc-en-ciels du noir. Sonder ce cœur des ténèbres, c’est lever un pan de rideau sur notre part d’ombre pour nous y tracer un chemin – jusqu’aux portes du théâtre.

Téléchargements