Fabrique de création
de la Compagnie C(h)aracteres
La Fabrique

Fabrique de création

Seules m’intéressent les paroles fortes qui ont une profondeur existentielle, historique, poétique »
Gérald Garutti

Depuis 2005, la Compagnie C(h)aracteres a façonné son identité en portant un théâtre à la fois originel et essentiel. Chacune de ses créations manifeste en actes un théâtre en prise avec le monde, traversant les frontières, passeur d’une parole forte et riche de sens.

Les créations de la compagnie naissent du verbe, celui du poète, qui révèle l’envers du monde et travaille nos consciences. D’hier ou d’aujourd’hui, les œuvres choisies puisent leur force dans leur résonance temporelle et spatiale, que la présence scénique amplifie. De l’expression d’un Moi extraordinaire et démesuré, assoiffé de pouvoir, dans la mise en scène de Richard III, au témoignage de l’horreur et du sublime traversant Haïm – à la lumière d’un violon, l’unité de nos créations réside ainsi dans leur commune exigence d’une parole éclatante de sens.

« Je ne crois pas à la mise en scène comme création, je la vois comme une interprétation »
Gérald Garutti

La mise en scène a vocation à préserver, exprimer et déployer la force primordiale de l’œuvre littéraire. Elle est l’événement qui exalte les secrets d’un texte, refusant de le trahir. Elle explore son propre univers en interrogeant continuellement le monde. La mise en scène se développe comme expression d’une pensée sur le présent et ouverture d’une perspective. Le metteur en scène se conçoit comme un porte-parole du poète, visant à dessiner avec lui un nouvel horizon. Les créations de la Compagnie C(h)aracteres constituent autant d’écritures scéniques nourrissant cette idée du théâtre.

« Ce qui m’intéresse […] c’est le rapport entre le théâtre et le monde »
Gérald Garutti

Comment le théâtre permet de comprendre le monde, et d’agir sur lui ? Et comment cette compréhension du monde permet de faire du théâtre pour mieux le rendre actif ? C’est précisément à l’articulation de ces questionnements que notre démarche se cristallise.

Avec la création de Haïm, à la lumière d’un violon s’est posée la question de savoir comment comprendre le monde sans affronter l’indicible catastrophe qu’est la Shoah ? « Il m’a paru crucial de témoigner de cet itinéraire singulier, de cette traversée des extrêmes antinomiques – de l’horreur […] et du sublime ». Créer ce spectacle, ce fut surmonter l’irreprésentable de l’Histoire pour faire voyager le public « à travers les émotions, le sens et l’Histoire, à la croisée de l’intime et de l’universel ».

Notre théâtre est aussi le lieu pour penser le sublime de la parole, celle des poètes dans Correspondance à trois et Les Chasseurs d’absolu. « S’il y a un enjeu, c’est sans doute celui du désir d’absolu, de poésie absolue, de rencontre absolue ». Mettre en espace ces dialogues d’écrivains, c’est mettre en abîme le théâtre pour mieux penser sa quête d’unité avec le monde.

« J’ai le sentiment que nous sommes toujours dans une forme de fin de siècle »
Gérald Garutti

Le XXIème siècle a commencé de façon négative par l’arrêt brutal, en 1989 ou en 2001, du XXème siècle. En mettant en scène Lorenzaccio d’Alfred de Musset en 2015, la Compagnie interrogera cette nouvelle impasse historique et ce sentiment que l’Histoire ne permet aucune action. « On ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris » comme l’écrivit Musset. C’est au théâtre d’exprimer et de réfléchir sur la crise actuelle, notre mal du siècle contemporain.

Pour penser librement notre présent, encore faut-il que les créations de la compagnie s’émancipent des frontières et des étiquettes. Transposer Les Liaisons Dangereuses en Angleterre, et transférer The Fall Of The House Of Usher en France, c’est confronter le public à un autre univers spatial et temporel, pour élargir sa réflexion. De même, Le Cantique des Cantiques redéfinit les frontières du théâtre, en convoquant la danse et la calligraphie afin de « conjoindre trois gestes artistiques pour incarner le poème du désir par essence ». Au-delà des frontières culturelles ou artistiques, « il serait bon d’examiner les formes artistiques à l’aune du sens qu’elles ont et de la résonnance qu’elles provoquent ». Et ce projet de théâtre peut désormais se réaliser pleinement et librement grâce à la résidence de la Compagnie à la Ferme des Jeux de Vaux-le-Pénil.